Un mois au Japon, ça m'a changé, mes perspectives, mes envies.
Oh je vous vois venir ...
Mais non, il ne s'agit pas d'un syndrome de Stendhal, ni rien de ce genre.
Depuis quelques années, je sens que je végète intellectuellement et moi mon moteur, ce sont les challenges, intellectuels ou autres.
Non pas que mon métier me lasse, j'adore ce que je fais même si parfois j'étriperais mes élèves avec plaisir.😂
Mais ce sentiment d'avoir fait le tour de la question. Le déclencheur, je l'ai identifié, le fait d'avoir eu la "reconnaissance" de mes pairs par mon glissement en classe exceptionnelle.
Il me reste peu de choses à prouver, je mène mes cours, des élèves en très grande difficulté sur les chemins de la réussite, quand ils adhèrent à ce que je propose.
Donc sur le plan enseignement, je n'attends plus grand chose, réellement, j'aime (certains, pas tous) mes collègues dont certains ont intégré ma famille, du moins dans mon esprit.
Mon voyage au Japon était assez flou, au départ, je projetais de passer un CAP pâtisserie puis de partir après mon temps Éduc'Nat' en Nouvelle Zélande pour travailler en pâtisserie de restauration, soit dans quatre ans.
Pourquoi la Nouvelle Zélande ?😂
Ah, vous n'imaginez même pas !
Je sais que même les enfants ne savent pas toutes les raisons.
On y va, faire des bilans a le mérite, chez moi, de clarifier mes idées et de (re)-trouver mon fil d'Ariane.
- 1 - c'est le pays de mes oiseaux : kakarikis, ceux que j'ai adorés élever en volière mais que je n'ai jamais vus dans la nature.
- 2 - c'est le pays du mouton, plus de laineux que d'habitants, donc vous avez plus la probabilité d'entendre des bêbêêêê que des con*** humaines.
- 3 - ils sont fans de la pâtisserie française.
- 4 - ils parlent anglais, moi, je le baragouine.
- 5 - ce sont des îles, climat océanique tempéré avec des plantes qui m'ont toujours fait rêver.
La liste n'est pas exhaustive.
Mais ce projet n'avançait pas, alors je sais maintenant pourquoi, c'est que ce n'est pas le bon.
Quand on a réussi à vendre la maison de ma mère, je me suis retrouvée pour la première fois de ma vie avec de l'argent, beaucoup. Cent mille euros, donc déjà j'ai partagé en quatre et donné à chacun des enfants, vingt mille euros, Rachel veut s'acheter un appart', Gab veut voyager, Claude épargne comme un petit écureuil, c'est d'ailleurs le surnom que je lui donne, "l'écureuil", quand je perds quelque chose, elle sait où c'est.
Ne me demandez pas comment elle fait, chez, nous, les instincts sont pas mal développés, l'atavisme du chasseur-cueilleur 😂 !
Et rapidement, le Japon est revenu en première ligne. J'ai toujours aimé, je vous ai déjà dit, étudié au lycée, lu à travers les mangas, cuisiné, vu dans des séries, des films, la langue, les graphies, je me rappelle pourquoi j'ai fait du grec ancien, la langue se dessine comme le japonais ...
C'est bien de penser mais il faut franchir le pas. Et la rentrée de l'an passé, ça a été ça, franchir le Rubicon et advienne que pourra.
"Je vais au Japon l'été prochain, pour un mois."
J'ai pas mal procrastiné parce que je cherchais mon axe d'entrée.
J'ai d'abord exploité mes collègues qui ont beaucoup voyagé, que ce soit Romain, Candice ou Morgane. À travers leurs expériences, j'ai affiné ce que je voulais et surtout ce que je ne voulais pas.
Par exemple, avec Morgane, la demande faite à un organisme spécialisé tourisme , dix jours au Japon, budget dix mille euros et rien de ce que j'avais dit n'avait été retenu.
Donc je me suis fixé un budget maxi de dix mille euros, ce que je n'ai absolument pas atteint, je suis plus proche des six mille pour cinq semaines, je sais que c'est beaucoup, mais je pouvais faire large et sans faire des folies, le billet c'est un tiers du budget déjà.
Bref, j'ai l'argent, j'ai la destination, je sais que je ne veux pas faire les lieux communs nippons, je voudrais être le 6 août à Hiroshima, je veux voir les jardins japonais, pas les jardins secs, non, les autres, ceux qui m'ont fait rêver sur photos.
Mon proviseur est parti lui en février. J'écoute, j'entends, même chose quand Rachel me fait rencontrer son ami qui a déjà fait cinq voyages là-bas.
Et les premiers sons que j'entends, ce sont des bruits de frein, "la langue", "ton âge", "tu n'as jamais fait ça", c'est tout juste si je n'ai pas droit à un tee-shirt avec une cible dessus, "proie à tuer "...
Mais si, je l'ai déjà fait, la Grèce, en train, en car, c'est vrai que j'avais Marie mon amie athénienne et j'étais ado, mais c'est comme le vélo, ça ne s'oublie pas.
Et je ne suis pas co*** au point de me mettre en danger.
Et moi, vraiment il ne faut pas me chercher sur ce plan-là, parce que des co***, même graves j'ai pu en faire, plonger du plongeoir de dix mètres de la piscine Gloriette sans savoir que l'eau à cette hauteur c'est du béton...
Con*** je vous dis ! 😂
Donc fin décembre, j'ai repéré des billets, j'hésite encore parce que il me faut cette poussée.
J'ai.
En février, j'ai soixante ans, les deux tiers de ma vie sont passés, après il sera trop tard et je ne veux pas de regrets. Jamais.
Je prends mes billets et je file chez Édouard prendre une carte Michelin.
Et je cherche à partir des jardins et je construis mon circuit à partir de ces points surlignés sur ma carte, je fais des erreurs, j'oublie deux nuits par exemple.
Je loue au fil des mois mes points de chute. Je fais traduire mon permis, j'achète mes yens, une valise, la yellow qui ne partira pas avec moi d'ailleurs. La réalité du projet ne me heurte pas mais je peux vous dire que ma jeune adulte qui va se retrouver seule pour la première fois de sa vie pendant un mois n'en mène pas large. Je ne serai pas là pour ses vingt-cinq ans.
Je me prépare à un sacré choc culturel, linguistique mais la très bonne idée c'est d'avoir pris une guide francophone pour mon arrivée. Et tout s'est bien passé parce qu'avec Reiko, la discussion c'était ? Comme une commencée il y a des années et qui se poursuit, même longueur d'ondes, elle vient à Nantes en janvier avec le champion du monde japonais de pâtisserie.
Le karma. Ça ne pouvait que bien se passer.
Kanazawa. Park castle.
Mon seul gros point de stress : Hiroshima quand la chauffeure de taxi m'a déposée à une mauvaise adresse.
Et je ne regrette pas de ne pas avoir été là le 6 août, après avoir autant transpiré, pourquoi pleuré ?
Parce que c'est à pleurer. Je vais de nouveau dire aux gamins de 3 PM ce qui est arrivé à cette ville et ses habitants. 😰
Ce qui n'était pas réellement prévu c'est la découverte de l'île de Shikoku, et de l'île de Nashima, c'est un coup de poing dans le ventre de se dire qu'il existe encore des lieux comme ceux-là.
Là, j'ai pensé à Naty et les photos de SA plage auxquelles on avait droit, cette transparence, cette quiétude. Et là, vous tombez amoureux de ces lieux.
J'ai eu le même sentiment à Bruxelles, j'étais chez moi dans cette ville.
Et bien, là, j'étais aussi chez moi.
Et donc ?
La suite !
Je n'ai pas passé un mois toute seule, je crois que je n'ai jamais été autant suivie que ce mois, sur les deux groupes whatsapp, sur le blog.
La chose que je faisais sérieusement, dire quand je changeais de ville ou de logement.
Mais le Japon est un pays sûr, et comme le dit Marie, passer un certain âge, vous devenez invisible ce qui représente ici un sacré avantage.
Vous observez, regardez mais on ne fait pas attention à vous. Sauf au Japon, où ils sont très fiers d'avoir un pays qui vous a plu.
Du coup, je suis revenue sans avoir envie de revenir.
Il me reste des yens. J'en fais quoi ?
Ben, je vais les dépenser au Japon.
J'y retourne.
L'an prochain, en juillet.
Shikoku.
Je veux faire le sud de cette île, Kôchi, il me manque les agrumes, j'ai juste vu des satsumas sous tunnel plastique, je veux des oni-yuzu dans la nature.
Donc Isa au Japon, épisode deux, vous saurez où me trouver...
J'ai dû batailler avec ma jeune adulte, lui dire que je ne veux pas partir avec quelqu'un.
Être seule vous oblige à être attentive aux autres, à l'écoute. En duo, vous vous focalisez moins sur les autres et plus sur votre binôme.
Alors, "cheval de feu", ça disait quoi déjà ?
Ah, besoin absolu de liberté ...
Et bien, suivons donc ce précepte 😂


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