Il va pleuvoir, oreilles propres, bruit de l'aéroport, les vents ont tourné à l'ouest.
Avec ces grosses chaleurs, je surveille mon jardin, comme le lait sur le feu.
Les cactus commencent à fleurir.
Les rébutias, petites boules peu exigeantes.
En orange ou en rose, ce sont des fleurs qui ne durent qu'une journée.
Je suis très fan des cactus, d'abord c'est un héritage, oui, je sais ça peut sembler bizarre mais dans ma famille côté mère, on transmet et se transmet nos métiers, nos histoires...
Joseph, le frère de mon arrière-grand-mère Marguerite était donc jardinier, pour Pierre Loti, puis chez un horticulteur type Meilland, je l'ai connu, il est décédé en 1976, à quatre-vingt seize ans, il a appris à ma mère les techniques de bouturage, de greffe, de semis. Je l'ai vu faire alors qu'il était devenu aveugle, compter les yeux pour tailler un poirier en palmette.
Ce n'est sans doute sans aucun hasard que j'ai la main verte. Il est venu vivre chez sa sœur au décès de sa femme et a apporté ses cactus, en voici un. Ce sont essentiellement des mammillarias.
Son frère Marcel, lui, m'a offert une enclume pour mes dix-huit ans, une petite, il était ferronnier pour la SNCF, tombé en retraite en 1942, mort en 1987.
J'ai hérité aussi de son couteau de cuisine, fabriqué par lui, inusable, le fil se refait sur le fusil.
J'ai transmis à mon tour, à un ami forgeron mon enclume et je vous assure qu'il ne s'est pas moqué de moi quand j'ai raconté d'où elle venait, le savoir-faire, le savoir ça se donne.
Je suis toujours surprise quand j'interroge mes élèves, ils ne se passent aucune histoire, c'est d'une tristesse affligeante à mon avis.