samedi 30 mai 2026

In memoriam

 Il va pleuvoir, oreilles propres, bruit de l'aéroport, les vents ont tourné à l'ouest.

Avec ces grosses chaleurs, je surveille mon jardin, comme le lait sur le feu.

Les cactus commencent à fleurir.

Les rébutias, petites boules peu exigeantes.



 En orange ou en rose, ce sont des fleurs qui ne durent qu'une journée.


 Je suis très fan des cactus, d'abord c'est un héritage, oui, je sais ça peut sembler bizarre mais dans ma famille côté mère, on transmet et se transmet nos métiers, nos histoires...

Joseph, le frère de mon arrière-grand-mère Marguerite était donc jardinier, pour Pierre Loti, puis chez un horticulteur type Meilland, je l'ai connu, il est décédé en 1976, à quatre-vingt seize ans, il a appris à ma mère les techniques de bouturage, de greffe, de semis. Je l'ai vu faire alors qu'il était devenu aveugle, compter les yeux pour tailler un poirier en palmette. 

Ce n'est sans doute sans aucun hasard que j'ai la main verte. Il est venu vivre chez sa sœur au décès de sa femme et a apporté ses cactus, en voici un. Ce sont essentiellement des mammillarias. 

Son frère Marcel, lui, m'a offert une enclume pour mes dix-huit ans, une petite, il était ferronnier pour la SNCF, tombé en retraite en 1942, mort en 1987. 

J'ai hérité aussi de son couteau de cuisine, fabriqué par lui, inusable, le fil se refait sur le fusil. 

J'ai transmis à mon tour, à un ami forgeron mon enclume et je vous assure qu'il ne s'est pas moqué de moi quand j'ai raconté d'où elle venait, le savoir-faire, le savoir ça se donne. 

 


 Je suis toujours surprise quand j'interroge mes élèves, ils ne se passent aucune histoire, c'est d'une tristesse affligeante à mon avis.

7 commentaires:

  1. Des histoires comme ça on en raconte pour des objets, mais pour des plantes, c'est beaucoup plus rare. C'est vraiment bien que tu aies pu connaître ce grand-père.

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  2. D'un côté, les aïeux nous transmettent leur savoir et leurs trésors, de l'autre, en en prenant soin, on préserve leur mémoire. C'est doublement précieux
    Moumoudolls

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  3. J’adore ces histoires

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  4. Il faudrait peut être s'interroger... Pourquoi les plus jeunes n'ont plus rien a raconter ? On ne leur transmet sûrement plus assez de choses..C'est bien triste..

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    1. les miens ont leur histoire sur au moins cinq générations, sans compter les objets, ils savent de qui je parle quand je parle de Marguerite, Joseph ou Marcel.

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  5. Les notions de famille unie et de transmission étaient vraiment au centre des préoccupations jusqu'à une période récente : la maison où nous vivons a été construite par mes arrière grands'parents, et j'ai longtemps pensé qu'ils étaient un peu fadas de l'avoir faite ainsi : à l'origine, en face de la porte d'entrée, il y avait un grand escalier, et de chaque côté, en haut deux chambres et en bas cuisines et salles à manger ; deux appartements en miroir, un côté pour la famille de leur fils, et un pour celle de leur fille. Je crois maintenant qu'ils étaient idéalistes, et qu'ils étaient convaincus que tous s'apprecieraient assez pour vivre à ce point ensemble, d'autant qu'ils s'étaient réservé un tout petit logement au premier. Dans les années 70 et 80, on a beaucoup creusé dans tous types de névroses familiales, et c'était nécessaire, mais on a des fois un peu trop jeté le bébé avec l'eau du bain...

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    1. Le truc c'est qu'on n'est pas une famille unie, une vraie dysfonctionnelle comme on dit au niveau de mes parents, mais des histoires qu'il aurait été dommage de perdre !

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c'est là qu'on écrit !